Shabbath : la mémoire par l'émotion

mar, 11/20/2012 - 18:00

Depuis le 26 août dernier, le théâtre des Mathurins offre un voyage exceptionnel dans le temps. Une expérience indescriptible, étrange et fascinante.

C’est une invitation à sillonner les époques,  à ressentir des émotions des plus profondes, à avoir des frissons jusqu’aux os. Une incitation à redécouvrir le mal du siècle dernier, à partager la peur et la souffrance des aïeux qui ont vécu l’enfer des dictateurs, des guerres et des violences les plus horribles. Aux airs d’un jour de repos, Shabbath est un appel à la réconciliation avec le passé, un apaisement de l’âme, et « un lien entre l’Histoire et l’actualité ».

Dans un décor des plus minimalistes, les danseuses, Géraldine Lonfat et Stéphanie Boll, tour à tour, puis ensemble, par des mouvements divins, harmonieux et synchronisés, charment et envoûtent le spectateur qui se laisse, volontiers, emporter dans un torrent de troublantes sensations. Des ombres subtiles viennent perturber l’œil, poussant l’esprit à s’engouffrer de plus en plus dans le questionnement. Ce dernier s’élance dans la quête des discours suggérés par tel ou tel va-et-vient des danseuses, les différentes musiques qui les accompagnent, et les voix off qui, à chaque intervention, interpellent. Car il y a l’Histoire qui participe, les voix d’Hitler, de Mussolini ou de Franco viennent refroidir l’atmosphère, rappeler des épisodes du monde, et interroger le présent. Il y a aussi la voix grave et émouvante de Nicolas Gravier qui, derrière les deux corps féminins, dans le noir, jaillit telle une arme captivante.

Et le masque ! Cet accessoire que se partagent les danseuses. Symbole du malaise, de la culpabilité, de la honte, de la fuite, symbole d’une vérité cachée, d’une mémoire refoulée et d’une profonde tristesse qui somnole dans l’inconscient des hommes, dérange par sa présence. Il inquiète et passionne par ce qu’il dégage. Il donne à chacune des danseuses une valeur, pour l’une la fragilité, et pour l’autre la force. Dans une chorégraphie merveilleusement jouée, il incarne la faiblesse et le pouvoir de l’Homme. D’un extrême à l’autre, il intrigue. Il n’est que l’aveu de l’humanité de l’Homme.

Spectacle de danse contemporaine, Shabbath s’inscrit dans la continuité du projet  «  Le Mythe de l’Homme » de la compagnie Interface. Il est l’un des épisodes de la tétralogie consacrée à la réflexion sur l’Homme. Danse, musique et chant se rejoignent dans cette aventure pour livrer un spectacle étourdissant mais ô combien riche en palpitations. Vous en sortirez plus humains, la tête dans les nuages et les cœurs rapprochés.

                                              O.D.

SHABBATH : spectacle de danse contemporaine, mis en scène par André Pignat, avec Géraldine  Lonfat, Stéphanie Boll et Nocolas Gravier, au théâtre des Mathurins, jusqu’au 17 décembre.