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RADU MIHAILEANU : Trois films, trois supercheries…

sarah.rashidian - Posted on 26 février 2010

« Train de vie » (4/10)
(Sorti le 16 septembre 1998)

1941, en Europe de l’Est. Les nazis, dit-on, déportent les Juifs vers des destinations inconnues dont ils ne reviennent jamais. Dans un village juif, cette nouvelle fait scandale et les habitants ne sont pas prêts à attendre sans rien faire. Une idée jaillit de l’esprit du fou du village, Schlomo : mettre en place un faux train de déportation et atteindre la Palestine sans se faire prendre… Réussiront-ils à duper les nazis ?

« Vas, Vis et deviens »  (7.5/10)
(Sorti le 30 mars 2005)

1984. Les Etats-Unis et Israël prennent l’initiative d’emmener des milliers de Juifs éthiopiens en terre sainte. Une mère chrétienne prend une décision atroce et risquée : faire passer son fils de 9 ans pour un Juif pour qu’il puisse échapper à la famine, à la mort, et vivre une vie meilleure en Israël. Il y arrive sain et sauf et se fait adopter par une famille française sépharade de Tel-Aviv. Mais si sa mère lui a sauvé la vie, pourra-t-il la vivre sereinement en portant un secret aussi lourd et avec la peur que ses proches le découvrent ?

« Le concert » (9/10)
(Sortie le 4 novembre 2009)

Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre de l’Union Soviétique à l’époque de Brejnev : il dirigeait le Bolchoï ; aujourd’hui, il est homme de ménage dans ce même endroit. Pourquoi? Il a décidé de ne pas licencier ses musiciens juifs, ce qui fit de lui un hors la loi. Un jour, il intercepte, dans le bureau du directeur, un fax qui convie l’orchestre du Bolchoï à aller jouer à Paris, au théâtre du Châtelet. Plein d’espoir, il décide de rassembler ses anciens musiciens et d’aller à Paris en se faisant passer pour le Bolchoï… Parviendra-t-il à ses fins sans que personne prenne conscience de la supercherie?

Si l’on parcourt ces trois films dans l’ordre de production, on remarque une gradation croissante dans l’excellence. Il s’agit, dans les trois cas, de dissimulation d’identité, de secrets, de mensonges, de tentatives de survie et tout cela dans des contextes historiques bien précis. Ils sont tous les trois plein d’invention et représentatifs de l’imagination débordante du réalisateur, mais « bonne histoire » ne rime pas forcément avec « bon film » …

Le bémol concerne le premier film, « Train de vie ». L’histoire est incroyable, décalée, ingénieuse, mais il n’y a pas vraiment d’efforts dans la mise en scène. Les plans sont banals et il n’y a pas de linéarité dans la succession des scènes. Les acteurs ne sont pas excellents non plus. J’avais l’impression, par moments, qu’ils étaient doublés, mais après observation minutieuse de leurs mouvements de bouche, je me suis rendu compte que leurs répliques étaient simplement dites de façon très peu naturelle et sur un ton théâtral. On y trouve cependant beaucoup de comique de situation et des répliques tout à fait délirantes. « Qui veut être nazi ? », demande un rabbin quand il veut donner les rôles à chacun de ses figurants. Vous serez également surpris de voir une bande de Juifs prier un vendredi soir, pour Shabbat, aux côtés d’une… bande de « nazis » ! Le sujet, terrible s’il en est, est traité de façon très légère ; ces gens-là risquent gros, mais on ne ressent pas une seconde la menace nazie, puisque tout nous est présenté de façon très grossière et fantaisiste. Certains trouvent cela choquant, d’autres, plutôt agréable. Ce film, sans être un fiasco, manque d’élaboration. C’est donc un train que l’on peut ne pas prendre…

Sept ans après vient « Vas, vis et deviens » : un chef d’œuvre ! Toujours dans le cadre de la supercherie, de la dissimulation d’identité, de la tentative de survie, ce film est remarquable. Incroyablement émouvante, l’histoire diffuse un message d’amour et de tolérance. On suit le combat de cet enfant et la recherche de son identité. Il ne sait plus qui il est, qui il voudrait être et ce qu’il doit devenir, et il tente de comprendre le message de sa mère, ce qu’elle lui a dit avant de lui donner sa liberté : « Vas, vis et deviens et ne reviens pas avant ». Cet enfant met longtemps à accepter ce  qui lui arrive. Arrivé en Israël, il frise la crise d’angoisse à la vue de l’eau abondante qui est versée sur lui dans la douche et qui disparaît dans un trou. Devant le mur des lamentations, il demande à son père adoptif : « Pourquoi il y a tant de vÅ“ux ? Les gens ne sont pas heureux à Jérusalem ? ». Envoyé là-bas pour être heureux, il n’envisage pas de le devenir sans sa vraie mère et dans la peau de quelqu’un d’autre. Cela va lui prendre du temps et c’est l’amour de ses parents adoptifs et de son entourage qui va lui permettre de « devenir »… Malgré sa longueur, le film est excellent : allez-y, vous n’en reviendrez pas !

Le dernier film de Radu Mihaileanu, « Le concert », atteint presque la perfection. Il est à la fois drôle et plein de rebondissements. Tout y est : histoire,  politique, amour, musique, humour, tristesse, bonheur, amitié, fraternité, solidarité, et cetera, et cetera. Les acteurs – que de nouvelles têtes – sont charismatiques. On ne veut pas que le film s’arrête, mais on en sort tout de même heureux, ému, souriant et triste ne pas savoir jouer du violon (ah, désolée, mon article devient autobiographique, je ne vous garantis pas ce sentiment !). J’ai mis deux semaines avant de pouvoir pondre un mot sur ce film, parce que, tout simplement, il n’y a rien à redire, tout est parfait. Le réalisateur maîtrise son métier et il sait comment combler les spectateurs et leur donner exactement ce qu’ils veulent. La mise en scène est excellente, les montages sont très inventifs et élaborés et l’histoire, bien ficelée. Tous les musiciens ont des activités différentes, leurs vies ont toutes pris des directions opposées, et pourtant ils sont tous là, pour un concert, pour une nuit, autour de cette passion commune qui les rassemble.
Un concert, un changement, un miracle, une parfaite harmonie et… pas une fausse note !

Sarah Rashidian (L3 Humanités)

 

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