Un livre... Une pièce... Lettres de l'intérieur

juin
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Au départ, c'est un roman. Celui de l'Australien John Marsden, montrant la relation qui se tisse au moyen de lettres, entre deux jeunes filles de quinze ans qui ne se sont jamais vues. Pour résumer l'histoire sans tout dévoiler, Tracey passe une annonce dans un magazine, et Mandy y répond « comme ça, pour voir ». Les lettres s'échangent et les deux adolescentes se dévoilent chaque fois un peu plus jusqu'à... jusqu'à ce que Mandy finisse par trouver des incohérences dans les écrits de sa correspondante. De questions discrètes en insistances directes, Tracey cède et lui avoue sa terrible vérité. A partir de là, les rôles s'inversent progressivement... Ce roman épistolaire montre toute la violence et la fragilité de l'adolescence avec une franchise toute en retenue. Les non-dits laissent la part belle au suspense, mais aussi au mystère et aux interrogations: qui a fait quoi pour en arriver là? Que s'est-il passé à la fin? Malgré le sujet qui peut paraître convenu au premier abord, le livre tient en haleine d'un bout à l'autre et c'est avec les doigts tremblants que l'on referme la couverture.


 


Adapter un roman au cinéma, ce n'est déjà pas toujours réussi. En adapter un, -épistolaire qui plus est-, au théâtre, l'idée avait de quoi rendre sceptique! Et pourtant... Dès les premiers mots, on sent que le pari est gagné.


Les deux actrices jouent sur une scène inclinée, sur laquelle Tracey a écrit son annonce. Et les deux se renvoient la balle par la récitation de leurs lettres respectives. Mais peut-on réellement parler de récitation? Elles vivent leur texte, et ce ne sont plus des actrices que nous voyons, mais bel et bien Tracey et Mandy. Autre prouesse du metteur en scène, Pauline Bureau: réussir à créer une interaction entre les filles tout en maintenant une barrière invisible, une distance évidente et nécessaire. Les éclairages, la musique, les déplacements, les chorégraphies... tout est réuni pour rendre la pièce vivante. C'est dur, c'est émouvant. C'est simplement  beau. On retrouve les frissons de la lecture et on en oublie les lettres passées sous silence.


Les Lettres de l'intérieur, qu'elles soient lues ou vues, n'ont pas fini de révéler toutes leurs richesses.


 


Lettres de l'intérieur Roman épistolaire de John Marsden. Titre original: Letters to the inside, parution en 1991 parution française à l'Ecole des Loisirs en 1998 (En savoir plus sur l'auteur: http://www.johnmarsden.com.au/home.html) Pièce jouée par la compagnie « La Part des anges ». Mise en scène de Pauline Bureau, avec Samantha Markowic et Marie Nicolle, le 6 avril 2009 au théâtre Firmin Gémier à Antony. (blog du spectacle: http://lettres-de-l-interieur.over-blog.com/)


 


Véronique Sylvain (L1)

1 commentaire

luciepitzalis (non vérifié)

J'ai très envie de le lire après une telle critique. Alors si tu l'as, je prends.
Encore des nuits sans dormir en perspective, mais c'est pour la bonne cause.