Des cadeaux ou un sort ! : Quand L’étrange Noël de monsieur Jack s’invite chez vous pour les fêtes …

« This is Halloween. This is Halloween… » : une bande-son entêtante, des personnages originaux et une atmosphère inclassable constituent les ingrédients du plus effrayant des Noël. Retour sur L’Etrange Noël de monsieur Jack, un classique des films d’animation qui fait frissonner petits et grands depuis près de 30 ans.

 

Une proposition fantastique et audacieuse

En décembre 1993, la firme Disney dévoile au public américain son nouveau film d’animation, L’Etrange Noël de monsieur Jack. On y fait la connaissance de Jack Skellington, roi des citrouilles adulé par ces concitoyens. Bien qu’il excelle dans l’art de faire peur, il est malheureux et profondément mélancolique. Il entreprend alors un voyage durant lequel il découvre un étrange village recouvert d’un manteau blanc avec à sa tête un vieux bonhomme au grand chapeau rouge. Il décide d’importer chez lui ces traditions. Cependant, du fait de sa nature effrayante, rien ne se passe comme prévu. Les présents qui font le bonheur des petits diablotins d’Halloween-ville ne sont pas forcément ceux que s’attendent à recevoir les bambins inscrits sur la liste des enfants sages…

            Cette histoire tire son origine d’un poème écrit par Tim Burton dans les années 1980 qui ne comportait que trois personnages que sont Jack, Zéro son fidèle compagnon canin fantôme et le Père Noël. Animé par des inspirations aussi contradictoires que les poèmes d’Edgar Allan Poe et la forme du conte, il propose une synthèse des célébrations d’Halloween et de Noël ainsi que des légendes qui leurs sont associées. De nombreuses références, telles que les clins d’œil à la littérature de Shelley, sont disséminées tout au long du film,. Sans compter qu’elles font esquisser un sourire aux plus grands, celles-ci participent à ériger au rang de monument du genre le long-métrage. Mêler la frayeur d’une mauvaise blague au chatoiement d’un village en fête est donc le défi que se lance Burton. Comment parvenir à faire dialoguer, voire réunir deux univers à priori si différents ? Diversité et acceptation sont sans doute les maîtres mots de cette œuvre bien moins enfantine qu’il n’y paraît et qui encourage à la réflexion dans un monde où la tendance est parfois au jugement simplificateur.

Jack Skellington, le plus humain de tous les monstres ?

Jack Skellington est un personnage à la construction plus complexe qu’il n’y paraît. Impressionnant voire effrayant pour le jeune public durant les premières minutes, on découvre peu à peu un être touchant auquel il est aisé de s’identifier. Les scénaristes ne dépeignent pas simplement une créature horrifique mais proposent une version réinventée du monstre, aux antipodes de l’antihéros que l’on adore détester.

L’ensemble du film s’articule autour de deux niveaux de lecture dans le but de toucher un large public. Cette logique est particulièrement visible dans le choix des thèmes abordés (recherche d’identité, volonté de rassembler, quête du bonheur) mais également dans la construction même des personnages. En effet, on imagine sans difficulté la fascination observée par les petits spectateurs pour celui qui découvre la ville de Noël. Les enfants verront en lui un véritable héros : il va jusqu’à se mettre en danger pour sauver le « Perce-Oreilles » des mains d’Oggie Boogie, monstre fait de toile et d’insecte et seul grand méchant de l’histoire. Les plus grands seront également attendris puisque le film fait la part belle à l’expression des émotions, mais plus encore à leur diversité. Jack ressent à la fois de la fierté, de la mélancolie, de l’amour… et la liste est encore longue. Les sentiments qu’il éprouve sont universels, familiers de tous ce qui contribue à renforcer le lien avec les spectateurs. Les complaintes chantées de Jack et Sally (respectivement placées en début et en fin de film) font appel à notre sensibilité et constituent un bon exemple de la manière dont sont humanisés les personnages. Finalement, la complicité progressive qui s’installe entre les personnages et le public quel qu’il soit est surement l’un des paris les plus réussis du film. Cela participe à faire du long-métrage une gourmandise dont on ne se lasse pas.

« Film d’animation » : un terme qui prend tout son sens

La réalisation de l’Etrange Noël de monsieur Jack devait à l’origine être opérée par Tim Burton mais étant retenu sur le tournage du film Batman, il confie cette tâche à Henry Selick. Ce dernier recourt à la technique du « stop motion », traduite par « animation en volume » en français. Il s’agit de concevoir un décor et des objets en trois dimensions puis de photographier une scène fixe et d’en déplacer très légèrement le contenu. On imagine sans nul doute le temps et l’inventivité que ce choix artistique requiert. L’adopter pour un court-métrage est une chose, mais cela devient très vite une prouesse lorsqu’il s’agit d’un film d’un peu plus d’une 1h15. C’est aussi et surtout un véritable parti-pris puisque toute la réalisation contribue à enrichir l’univers fantastique, voire onirique dans lequel est plongé le spectateur. On citera en guise d’exemples l’utilisation de la pâte à modeler pour la création des personnages qui leur donne un aspect résolument plus en chair ainsi que la photographie argentique afin de garantir un résultat tout en contraste. L’ambiance visuelle volontairement lugubre fait que ce film d’animation ne ressemble à aucun autre : il n’y a qu’à penser au cimetière brumeux et à la place du village teintée d’une éternelle grisaille. Malgré une palette de couleurs plutôt restreinte et un genre à priori codifié, le résultat est à couper le souffle. Durant tout le visionnage, comment ne pas être subjugué par le niveau de détail de la proposition, le travail excessivement minutieux autour de la nuance des couleurs ? Harmonisation et singularité sont une nouvelle fois mis en regard afin de conduire à un syncrétisme sans défaut. C’est surement là que se joue le tour de force opéré par l’équipe en charge du projet :  il est apprécié pour son histoire mais davantage reconnu pour sa réalisation. Le fait est encore assez rare dans le genre du film d’animation à l’époque pour être souligné. Par ailleurs, c’est la première fois qu’un film est réalisé uniquement en « stop motion », ce qui explique surement en partie sa nomination pour l’Oscar des meilleurs effets visuels un an après sa sortie. Il inspirera notamment d’autres œuvres cinématographiques aux techniques similaires tels que James et la Pêche géante (1997) ou les Noces Funèbres (2005).

Une ambiance musicale à la hauteur de l’ensemble

L’importance accordée à la musique dans le film n’est pas à négliger. Elle participe dans une large mesure à l’immersion au sein de cet univers si singulier. Pas moins de onze chansons de styles différents, signées Danny Elfman sont intégrées tout au long de l’histoire. La diversité, mais plus encore le mélange des genres semble être une préoccupation majeure des équipes de réalisation et d’écriture puisque l’on peut l’observer jusque dans la construction du thème musical. Un instrumental festif couplé à des paroles parfaitement intelligibles des enfants sans jamais pour autant être simplistes, elles sont un autre moyen d’alimenter la narration. Elles font office de fil rouge et accompagnent le spectateur tout au long du voyage qu’entreprend Jack. Les musiques font l’objet de diverses nominations prestigieuses. Preuve en est, la bande-annonce est saluée par l’académie des Saturn Awards (spécialiste des films de fantasy et d’horreur) et remporte le prix de la meilleure musique en 1994.

 

De la même manière que le réalisateur parvient à faire coexister la sinistre demeure du docteur Finkelstein d’Halloween et le crépitement d’un feu de cheminée chez le Père-Noël, le pari de réunir petits et grands est entièrement tenu. Il est évident que les diverses tranches d’âges n’apprécieront pas le film sur la base des mêmes critères. Les plus jeunes retiendront des chansons entraînantes, une ambiance magique et une histoire qui finit bien quand les plus grands auront eu plaisir à découvrir ou redécouvrir un classique du genre. Pourtant, l’Etrange Noël de monsieur Jack est un film qui rassemble, jusqu’à devenir aujourd’hui une référence incontournable de l’univers Pop culture. Qu’il soit plutôt farceur ou lutin, jeune ou moins jeune, le spectateur se prend vite au jeu et se laisse embarquer dans cette histoire qui célèbre l’art de célébrer. Une fois le premier visionnage achevé, Mr Skellington est un personnage qu’on ne manque pas de convier pour les Noël à venir.