Joker, un des films les plus attendus de l’année

Joker fait partie de ces films qui sont annoncés comme cultes avant même leur sortie au cinéma. Un nombre incalculable de personnes du monde entier se sont ruées dans les salles pour le voir. Nous avions hâte de voir ce que Todd Phillips, le réalisateur de la trilogie de Very Bad Trip, allait faire du méchant mythique des Batman. Le personnage de Joker est une icône et c’est le premier film qui s’intéresse uniquement à ses origines. Le film retrace la genèse et la frénésie meurtrière de cet homme mystérieux et étrange qui prendra pour nom Joker à la fin.

Nous sommes plongés en 1981 dans la sombre ville de Gotham City et dans la triste de vie d'Arthur Fleck, un comédien raté courant après les petits boulots. Arthur est employé dans une entreprise de clowns pour diverses animations et interventions publicitaires. Il mène une vie en marge de la société et habite dans un appartement lugubre avec sa mère Penny dont il s’occupe. On le voit assister à de nombreux rendez-vous avec une psychologue qui l’aide à ne pas retomber dans la dépression. Il est notamment atteint d’une étrange maladie qui le pousse à rire sans le vouloir à des moments généralement inopportuns. Gotham City est montrée comme une ville au bord du chaos où le chômage et la criminalité sont subis par une majeure partie de la population. Arthur n’arrive pas à trouver sa place dans la société, les autres ne le respectent pas. Un jour, il se fait même ruer de coups par une bande d’adolescents qui lui ont volé sa pancarte publicitaire dans la rue. Un de ses collègues lui donne donc une arme à feu pour qu’il puisse se défendre dans la rue. En rentrant un soir, Arthur fait la connaissance de sa voisine Sophie, une mère célibataire dont il tombe immédiatement sous le charme. Lors d’une animation qu’il fait dans un hôpital, il fait accidentellement tomber le pistolet ; son patron n’a d’autre choix que de le renvoyer. En rentrant chez lui, toujours déguisé en clown, il est témoin du harcèlement d’une jeune femme par trois hommes dans le métro. En voulant la défendre, il est subitement pris d’un fou rire à cause de sa maladie. Les trois hommes commencent donc à le frapper ; aussi, pour se défendre, Fleck sort-il son arme à feu et en tue deux dans le train. Il poursuit le dernier et l’abat sur le quai de la gare. Le lendemain la tuerie fait la une de tous les journaux de la ville. Le costume de clown que portait Arthur devient l’emblème d’un mouvement qui justifie ses actes face à un système capitaliste et bancaire pervers dont faisaient partie les trois hommes qu'Athur a tués. Le milliardaire Thomas Wayne déclare qu’il se présente en temps que maire afin de rétablir l’ordre face à ces clowns. Cette déclaration ne fait que renforcer la détermination du mouvement pour réduire à néant le système. Cet évènement crée un véritable chamboulement dans la vie d’Arthur : la société a enfin conscience de son exisence.

Todd Phillips, plutôt que de faire un portrait fantastique du Joker des Batman, ancre le personnage dans une réalité déconcertante qui rappelle le New York des années 70. Ce Joker n’a rien à voir avec celui de Jack Nicholson dans le Batman de Tim Burton ou avec celui interprété par Heath Ledger dans The Dark Night : Le Chevalier noir de Christopher Nolan. Ce nouveau Joker interprété avec brio par Joachim Phoenix se trouve projeté dans une réalité sociale et politique contemporaine qui le fait devenir la figure emblématique de l’insoumission.

Phillips explique la naissance de ce monstre fascinant par une cause accidentelle. Fleck devient d’une certaine manière le Joker malgré lui, la société prenant son acte comme une rébellion contre l’Etat. Le film n’a rien à voir avec les films de super héros, il s’agit d’un drame contemporain qui raconte la triste de vie d’un raté qui va devenir le Joker. Fleck n’a rien d’un super méchant contrairement à la représentation que peut avoir le Joker dans d’autres films. C’est seulement un marginal qui a une mystérieuse maladie du rire. Le film ne ménage en rien la société jusqu'à devenir une critique de la société américaine et des inégalités sociales entre les riches et les pauvres. Joker n'est plus la représentation d'un héros popualire, Phillips choisi au contraire d'en faire un fou qui cherche à lutter contre sa maladie mentale. Le film se fait le témoin de cette violence qui existe aux Etats-Unis aujourd’hui ; lors de sa sortie en salles, nombreux sont ceux qui avaient peur qu’il déclenche une vague meurtrière comme si ce qui se passait à l’écran allait se répercuter dans le monde réel.

                 

Il faut aussi souligner l’intérêt esthétique du film. En effet, le traitement des couleurs est assez remarquable, elles sont très intenses notamment à travers les maquillages et les costumes des clowns. Cela donne au film une dimension picturale qui est renforcée par le traitement de la lumière qui passe souvent de l’ombre à la lumière. De plus, le jeu déconcertant et fabuleux de Joachim Phoenix apporte au personnage du Joker un rire nouveau rempli de folie et d’humanité. L’usage de la caméra est intéressant notamment lors de la scène de la tuerie dans le métro qui est renforcée par une musique d'Hildur Guðnadóttir qui donne du rythme et de la puissance au film. La manière dont est montré le corps décharné de Joachim Phoenix est à la fois perturbante mais esthétiquement belle et recherchée. Le spectateur se voit projeté dans un monde glauque à la fois par la violence qui est assumée de manière brutale mais aussi par l’humour qui est toujours en décalage avec ce qui se joue à l’écran. En effet, nous nous surprenons à rire de manière incontrôlée un peu comme le Joker face à des scènes des plus noires et des plus brutales.

                 

  

Alors si ce n’est pas déjà fait, je vous encourage à aller découvrir la genèse du Joker qui n’a rien d’une épopée fantastique d’un super méchant.