Bohemian Rhapsody, le film qui met Freddie Mercury sur le devant de la scène.

 

 

It rocked us !

            Il était à prévoir que les fans de Queen et de Freddie Mercury rempliraient les salles de cinéma, qu’ils connaîtraient chaque chanson et chaque détail de la vie du chanteur, il y avait donc un certain challenge à se mesurer à un tel sujet. Brian Singer a relevé ce défi avec succès, en rendant hommage à la star disparue, et à sa musique.

 

 

              Le film retrace la création du groupe Queen et leurs premiers succès jusqu’au concert humanitaire mythique « Live Aid » en 1985.  Ce concert est aujourd’hui connu pour ses 16 heures de show suivi à la télévision par près de 2milliards de téléspectateurs, mais aussi et surtout pour la performance qu’ont offert les musiciens de Queen. Le groupe s’est démarqué ce jour-là au milieu d’autres talents tels que Madonna ou David Bowie - pour ne citer qu’eux

Dans son film, Brian Singer nous fait le cadeau d’une reconstitution bluffante de la quasi-totalité de ce concert de Queen au « Live Aid ». Nous comprenons le plaisir que devaient éprouver le public lors des shows de ce groupe légendaire, qui avait la capacité folle de dialoguer avec les spectateurs, aussi nombreux étaient-ils. 

 

         Le réalisateur essaie à travers les reconstitutions, et le choix des plans de travailler l’esthétique de son film autant que le fond, à l’image du groupe et de leurs costumes extravagants. Mais le principal intérêt du biopic réside dans les jeux d’acteurs.

            Dans le rôle du chanteur de Queen est nommé Rami Malek, un acteur d’origine égyptienne qui a fait carrière à Los Angeles. Interpréter Freddie Mercury, c’est jouer avec une prothèse dans la bouche, c’est prendre des cours de chant et de danse pour se déplacer comme la star décédée, c’est se mettre dans la peau d’une légende. Ce rôle, Rami Malek l’interprète avec brio. Son jeu est juste et touchant, il rend l’icône de Queen humaine : fragile parfois, grandiose toujours. 

Bohemian Rhapsody : une chanson, une vie, un film.

 

                "Bohémian Rhapsody" sont deux mots qui peuvent laisser perplexe si l’on ne connait pas bien la musique de Queen ; et pourtant ils composent le titre d’un film qui ne s’adresse pas qu’aux fans du groupe britannique. Ces mots ont l’avantage de recouvrir plusieurs réalités sur l’histoire de Queen et la vie de Freddie Mercury, réalités que Brian Singer met en scène dans son film.

 

 

 

       Bohemian Rhapsody, c’est d’abord un titre phare de Queen qui apparait dans l’album « A Night at the Opera ». Cet album est le fruit d’un grand travail mélodique et musical pour redorer le blason de la musique Rock, encore critiquée dans cette Angleterre des années 1975. Ce travail, nous le comprenons à la lumière du film de Brian Singer. Ce biopic nous permet de comprendre comment le groupe est entré dans l'histoire, et la révolution que représentaient leurs morceaux qui sont aujourd'hui considérés comme des classiques rock. 
La démarche des quatre musiciens à la chevelure épaisse nous est donnée à voir dans le film qui nous offre la joie de passer dans les coulisses de la création musicale de Queen. Nous comprenons que la composition d’albums tels que « A Night at Opera » passe par un travail d’expérimentation - comme par exemple enregistrer et jouer avec les sons de pièces de monnaie qui tombent sur un tambour - ainsi qu’une grande exigence musicale.

         Cette chanson, c’est aussi une fenêtre sur l’intériorité de son principal compositeur : Freddie Mercury qui nous révèle - comme le fera le film - la puissance musicale de l’homme, tout en laissant apercevoir ses faiblesses. Rentrer dans l’intimité de la star historique est LA grande mission que se donne le film de Brian Singer.
Cette faiblesse de la star, nous pouvons l’entendre dans Bohemian Rhapsody lorsque Freddie Mercury chante :

" I sometimes wish I'd never been born at all " 
j’aimerais parfois ne jamais être né

Freddie Mercury, sous ses costumes flamboyants, est loin d’être dépeint dans le film comme une personne joyeuse. Brian Singer s'est donné pour mission de franchir la façade impressionnante du chanteur pour essayer de comprendre qui il était lorsqu’il quittait la scène. Avec ce film, nous suivons Freddie Mercury dans ses solitudes, dans son affirmation progressive comme star queer, et dans son attachement et sa tendresse sans fin pour Mary Austin, à laquelle il dédie notamment le titre Love of My Life.
Puis il y a ces mots qui résonnent plus fort dès lors que le chanteur sait qu’il est atteint du SIDA :

" Too late, my time has come
Trop tard, mon heure est venue
Sends shivers down my spine
des frissons me parcourent le dos
Body's aching all the time
Mon corps est tout le temps douloureux
Goodbye everybody I've got to go
Au revoir à tous, je dois partir
Gotta leave you all behind and face the truth "
Je dois vous laisser derrière et affronter la réalité

Ce thème de la maladie est abordé dans le film, mais ne devient jamais un sujet à part entière. Il est davantage considérée comme une partie de la vie du chanteur. En cela B.Singer semble respecter le souhait de F.Mercury de garder le dessus sur le SIDA et ne pas en faire quelque chose de central dans sa vie. 

          Enfin, certains fans analysent dans la chanson la répétition de « Bismillah » (qui signifie « au nom de Dieu » en arabe) comme une référence à l’éducation musulmane très importante de Zanzibar, île dont Farrokh Bulsara - véritable nom de Freddie Mercury - est issu. Ces origines et ce cadre familial sont des éléments également présents dans le film, et nous aident à comprendre et à cerner la diva du rock.

         Choisir de faire de Bohemian Rhapsody le titre d’un film sur Freddie Mercury laisse la porte ouverte au travail de tous ces thèmes que nous avons évoqués. Notons tout de même une faiblesse dans ce titre : ces deux mots, si tant est qu’ils évoquent quelque chose au spectateur, sont plus facilement associés au groupe de Queen qu’à son chanteur ; pourtant ce dernier est bien le seul sujet du film. Cet aspect peut sembler quelque peu dérangeant lorsque nous savons que Freddie Mercury militait contre le trop grand intérêt porté à sa personne et celui trop faible porté au groupe et à sa musique. Mais si le choix du sujet est critiquable, il faut bien reconnaître que son traitement est louable.
Le film, sorti en salle le 31 octobre, donne de l’énergie et parle aussi bien aux fans de la vedette qu’aux non-connaisseurs. Il nous apporte simplement la frustration d’être dans une salle de cinéma, et de ne pas pouvoir nous lever, danser et chanter en visionnant cette reconstitution de carrière incroyable.

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