"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", le livre monstre d'Emil Ferris

Chicago, 1960. Les jours s’écoulent et se ressemblent au sein du quartier d’Uptown, où vivent la jeune Karen Reyes, sa mère et son frère Diego, dit « Deeze ». La petite fille, grande amatrice de monstres et dessinatrice invétérée, déroule dans ses carnets à dessins le récit de son quotidien, la maladie de sa mère et les moments passés avec son frère, caïd du quartier à la sensibilité artistique. Mais tout bascule le jour où Anka, sa voisine, est retrouvée morte… Alors que l’enquête conclut au suicide, Karen va se lancer sur les traces du mystérieux passé d’Anka. Et si tous les personnages de son entourage étaient liés ?

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Livre Premier, roman graphique de l’auteure américaine Emil Ferris, semble depuis fin 2018 s’imposer comme l’un des romans graphiques majeurs de notre décennie. Titulaire de déjà près de neuf titres aux États-Unis, parmi lesquels pas moins de trois prix Eisner, ce dernier semble bien parti pour s’imposer également en Europe comme une œuvre incontournable, et remporte d’ores et déjà l’adhésion avec le très prisé prix du Fauve d’or de la BD à Angoulême, en 2019. Partons à la découverte de cet atypique « livre monstre »...

Couverture de Moi, ce que j'aime, c'est les monstres - Livre Premier, Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, 416 p.

Journal intime et historique d'une artiste prodige

Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, p. 100-101

Véritable « faux-vrai » carnet de bord de la petite Karen Reyes, 10 ans, passionnée de films d’horreurs et de dessin, l’ouvrage va, dans sa matérialité, se rapprocher au plus près d’un carnet à spirales classique, comme on en trouve dans tous les commerces et comme aurait pu l'acquérir à moindre coût l’héroïne de l’histoire. Pour accentuer cet effet, les pages intérieures imitent les lignes d’écriture bleue et la marge rouge d’un de ces carnets, ainsi que les œillets usuellement placés en marge pour positionner ces pages, si détachées, dans un classeur. Ainsi, tout est fait pour nous plonger au coeur du quotidien de Karen et de ses carnets à dessin illustrés au stylo à bille, dans lesquels elle retranscrit sa vie de tous les jours avec sa famille dans un quartier pauvre de Chicago des années 1960. 

Dès lors, l’ouvrage va très vite prendre pour toile de fond les États-Unis des années 1960-1970, alors plongés dans la guerre du Vietnam, minés par leurs problèmes de pauvreté, leur lutte pour les droits des minorités et notamment celle des populations noires avec la figure de Martin Luther King, dont l’assassinat causera des émeutes (retranscrites dans l’ouvrage) en 1968. Autant de points incarnés par notre héroïne, mi-mexicaine, mi-indienne mais surtout, comme on l’apprendra plus tard homosexuelle, et consciente de l’être du haut de ses 10 ans. Convaincue de sa différence, la jeune fille s’imagine même sous les traits d’un monstre, un loup-garou. Dans cette Amérique où la différence est alors si mal acceptée, il reste en effet parfois plus simple d’être un monstre, immortel, invincible, libre de faire respecter ses droits en préférerant les femmes aux hommes.

Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, p. 142-143

Véritable manifeste pour le droit à la différence, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres ne s’arrête cependant pas là : dans la droite lignée de Maus, d’Art Spiegelman, dont Emil Ferris s’est souvent réclamée, c’est également un témoignage historique que nous offre cette œuvre, par le prisme de son histoire à deux voix. En effet, à la voix de Karen va progressivement se mêler celle d’Anka Silverberg, voisine de notre héroïne, dont nous apprenons le supposé suicide en tout début d’ouvrage, d’une balle dans le cœur. Mais en est-ce vraiment un ? C’est ce dont doute Karen qui, armée de sa tenue de détective, va se lancer sur les traces du passé d’Anka, jeune juive ayant échappé aux monstruosités sexuelles et aux camps de concentration de l’Allemagne nazie, non sans en avoir toutefois gardé quelques séquelles psychologiques.

Œuvre monumentale, à la croisée entre deux périodes, deux pays, à la fois témoignage historique mais aussi œuvre engagée pour les minorités, les gueules cassées, tous ces monstres embarqués à bord de « l’express de ceux qui en chient »1, autobiographie par endroits, où la vie de Karen incorpore des éléments de celle de son auteure (amour des monstres et du dessin, lieu de naissance…), Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, semble faire partie de ces romans graphiques inclassables, reflets d’une époque multiple et diverse. Avant toute chose, et ce même si la trame de l’histoire n’est pas située de nos jours, il serait censé de décrire ce récit comme un récit de l’humain, et de problématiques qui se retranscrivent tout à fait dans notre monde actuel : le récit des bons ou mauvais monstres que nous sommes, et leur façon de survivre dans un monde brisé, le récit d’une résilience. 

1 Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, pp. 100-101

Le combat d'une publication

Pour resituer cette œuvre monumentale, il s’agit également d’en retranscrire la genèse et le parcours atypique jusqu'en Europe. En effet, même si le roman graphique d’Emil Ferris a rapidement trouvé son chemin vers la France après sa publication aux États-Unis en février 2017, l’histoire de sa publication n’est pas des plus communes pour un ouvrage aujourd’hui devenu un best-seller. Six ans d’écriture sont à l’origine de ce récit qui se verra essuyer 48 refus avant de finalement atterrir chez l’éditeur américain Fantagraphics. Après quelques problèmes d’impression liés à la nature et à la mise en page très particulière de l’ouvrage, puis à un problème logistique dû à la faillite du transporteur qui achemine les ouvrages d’Asie, l’ouvrage est enfin publié pour la Saint-Valentin, et sera très vite écoulé à plus de 100 000 exemplaires.

Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, p. 20-21

En France, 50 pages sont d’abord pré-publiées dans le journal Libération à compter du 14 juillet 2018. Puis, c’est l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture, basé à Bordeaux et connu pour sa politique éditoriale audacieuse, qui acquiert les droits pour une diffusion nationale et publie l’ouvrage en septembre 2018, après d’un travail d’adaptation très important, notamment au niveau du lettrage. Le texte se trouvant en effet souvent très intimement mêlé à l’image, il a fallu l’intervention d’une dessinatrice pour redessiner en français tous les titres dans un style le plus identique possible à l’original. Enfin, de par le style graphique particulier de l’auteure, constitué d’une superposition de lignes très fines uniquement dessinées au stylo à bille, l’ouvrage est majoritairement en noir et blanc. Cependant, la couleur des stylos à bille multicolores reste présente à travers l’ouvrage, et sert notamment à faire ressortir certains éléments importants de cet univers sombre comme le rouge du sang, le bleu de la peau de la mystérieuse Anka, le jaune des étoiles de David ou bien encore les couvertures de faux magazines d’horreur qui constituent la page d’ouverture de chacun des « chapitres » du récit. 

Emil Ferris, ou la thérapie par le dessin

Premier autoportrait d'Emil Ferris après avoir été touchée par le virus du Nil

Comment imaginer, dès lors, devant cette publication monumentale, que cet ouvrage ne soit le fruit du travail que d’une seule et même personne, Emil Ferris, qui remplit à la fois les rôles de dessinatrice, scénariste, mais aussi coloriste ? Si ce roman graphique paraît si impressionnant, c’est aussi parce qu’il est le reflet du combat de l’auteure pour la vie, le jalon nécessaire à sa guérison. D’abord dessinatrice industrielle jusqu’en 2002, Emil Ferris voit en effet sa vie basculer lorsqu’elle se fait piquer par un moustique lors de son quarantième anniversaire, et reste paralysée des suites du virus du Nil occidental transmis par ce dernier.

Incapable de même tenir un stylo, l’auteure se voit privée de son seul moyen de subsistance, et peine à subvenir aux moyens de sa fille… Entourée toutefois des femmes fortes de son entourage, auxquelles elle rend hommage dans son roman graphique, elle finira par surpasser sa paralysie par le dessin et ressortira diplômée du Chicago Art Institute, pour commencer enfin à travailler sur Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, dont la réalisation lui prendra près de six ans, à raison d’environ une page tous les deux jours. 

Une artiste inclassable

On en sait finalement assez peu sur Emil Ferris, fraichement arrivée sur le marché de la bande dessinée avec ce premier et unique ouvrage. Les différentes interviews qui ont pu être menées avec elle jusqu’alors ne statuent par sur ses idées politiques ; toutefois au vu de son récit et des valeurs de multiculturalisme et de respect de la différence promues dans son ouvrage, on ne peine pas à imaginer l’auteure comme quelqu’un d’engagé pour la diversité sociale et le droit à la liberté sexuelle et identitaire de tout un chacun. Elle dit elle-même :

« C’est grâce au génie et à la noblesse de personnes d’origines et d’horizons variés que ce pays [les Etats-Unis] est beau et fort. »2

On sait que l’artiste croit en la force visuelle et en la liberté du dessin ; aussi la structure de sa page doit-elle être suggérée et naturelle, et non induite par une technique d’agencement. L’auteure ne semble pas se revendiquer d’une quelconque école ou d’un courant artistique particulier, et fait se rencontrer dans son ouvrage des pages à la facture BD classique, en cases, avec des doubles pages parfois uniquement couvertes d’une illustration, sans aucun texte, à l’image d’un tableau. Les tableaux et œuvres d’art sont d’ailleurs très présents dans l’ouvrage, et si l’auteure ne se revendique pas d’un mouvement artistique particulier, elle expose et copie dans son propre style toutes les grandes œuvres et les artistes l’ayant inspirée dans son travail, au cours des visites que Karen réalise dans le récit au Chicago Art Institute. Le cauchemar de Hewrich Füssli, le Cavalier arabe attaqué par un lion d’Eugène Delacroix et Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, de Georges Seurat, sont autant de tableaux qui parcourent les pages de l’œuvre et donnent à voir des influences de l’auteure au style graphique hachuré, en croisillons, si particulier.

Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, p. 50-51.

Ainsi, il est possible de se ranger aux côtés des différentes confrères auteurs d’Emil Ferris et d'affirmer sans douter que l’on est en présence d’une œuvre tout à fait novatrice du genre. Citons ainsi Art Spiegelman, père du célèbre roman graphique Maus, quand il parle d’Emil Ferris :

« Emil Ferris résout avec une incroyable facilité un problème qui hante tous les auteurs de bande dessinée : en général, on entre dans un comics par le dessin, qui sert d’appât, avant que le récit ne prenne le relais et fasse oublier au lecteur qu’il est devant des dessins. Chez Emil Ferris, c’est un échange. Le lecteur est d’abord subjugué par le dessin, puis il pénètre dans le récit, mais chaque nouvelle double page est tellement sublime et surprenante qu’elle le rappelle au dessin. Son trait ne sert jamais de décor, il est un pur moyen de communication. Chez elle, mots et images restent toujours dans l’échange. C’est à cela qu’on reconnaît un grand artiste de bande dessinée. »3

C’est majoritairement par son trait et son utilisation du journal intime qu’Emil Ferris étonne, et parvient à se différencier du flot de bandes-dessinées publiées chaque année. Reste à noter, comme évoqué précédemment, qu’elle n’est pas la première à emprunter ce style, et nombreux sont ceux à la comparer en ce sens à Robert Crumb et ses carnets à croquis. Toutefois, c’est aussi par son univers et son bestiaire monstrueux que l’artiste semble trouver son propre propos, sa propre plume, son propre genre et son propre public.

2 Paul Tumey, Le livre monstre d’Emil Ferris, la beauté du diable, Les cahiers de la bande-dessinée, octobre-décembre 2018, n°5, p. 94
3 Art Spiegelman, Mon amour pour ce livre... In Monsieur Toussaint Louverture, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris [en ligne], Monsieur Toussaint Louverture, date de publication, août 2018 [dernière consultation le 02/12/19]
Disponible sur : http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Emil_Ferris/Moicequeja...

Un roman graphique engagé

A la lumière des différents éléments invoqués quant à la personnalité de l’auteure et à son travail sur cette bande-dessinée, on peut donc penser que les raisons qui ont concouru à la création de ce roman graphique par son auteure, Emil Ferris, sont multiples. Tout d’abord, bien sûr, par engagement. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres se présente comme l’histoire et le combat des minorités, de « monstres », pour une vie meilleure dans un monde où ils sont encore aujourd’hui parfois mal acceptés. C’est également un combat pour la reconnaissance de la femme et de toutes ces figures d’aujourd’hui et d’autrefois, comme nous le montrent ces pages dédiées à la déportation des prostituées durant la Seconde Guerre mondiale :

« Bien sûr dans les livres d’histoire, au chapitre des différents groupes assassinés par les nazis, il n’est jamais question des prostituées, car je suis sûre qu’elles sont considérées comme une tache sur la mémoire des autres victimes. La vérité, c’est que la vie d’une pute ne vaut rien. Pour moi, ce n’est que de la haine de soi. Notre société hait ceux qui les acceptent sans réserve, nous, nos corps, nos désirs secrets. C’est ce que ces dames m’ont appris. À respecter ce que les autres dédaignent. »4

Ce roman graphique engagé constitue donc tout autant un témoignage historique qu'un manifeste social. Il s’inscrit aussi, évidemment, dans une démarche de divertissement pour ses lecteurs. Son aspect inhabituel de livre-objet et sa manière d’aborder une période historique difficile par le prisme du dessin et de la perception d’une enfant loup-garou en font autant d’éléments qui poussent le lecteur vers une lecture qu’il trouvera aussi constructive que divertissante.

4 Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, p. 207

A la croisée des influences, un style unique en son genre

Tout premier ouvrage de la carrière de l’auteure, il reste difficile de rattacher cette dernière à un mouvement artistique particulier : toutefois, nombreux sont ceux à comparer son style à celui de l’auteur de bandes dessinées américain Robert Crumb, aux dessins hachurés, et au Will Eisner des années 1930. On peut également facilement retrouver les sources et les inspirations de l’auteure chez Sendak ou Spiegelman, autant au niveau du style graphique que de l’univers : Moi, ce que j’aime, c’est les monstres semble ainsi s’inscrire dans la postérité et à la croisée des univers de ces quatre artistes. Mais, rien, dans la production de bande-dessinée française actuelle, ne semble encore reprendre avec autant de brio le mélange de styles et l’univers d’Emil Ferris, ou en tout cas en avoir l’impact et la visibilité. On peut donc penser que c’est pour cette raison qu’elle est considérée comme vraiment novatrice par ses pairs, et reste pour l’instant unique dans son genre. L’auteure elle-même se revendique d’un dessin intuitif, laissant l’histoire guider la mise en page plutôt qu’une technique de dessin prédéfinie. 

Couverture de Max et les Maximonstres, Maurice Sendak, Ecole des Loisirs, 1973, 48 p.

Cependant, il est facile de relier le roman aux nombreuses oeuvres qui le parsèment et qui en constituent l’inspiration, et notamment les nombreux films de série B cités par l’auteure comme Le Loup-garou de Joe Johnston, Dracula, Frankenstein… Autant de films qui agrègent et représentent l’essence même de l’univers monstrueux d’Emil Ferris, qui n’hésite d’ailleurs pas à y faire des références directes dans ses dessins. Par le même procédé, l’auteure expose et transpose son amour de l’art sur Karen en représentant entre ses pages les nombreux tableaux des peintres qui l’ont marquée : Le cauchemar de Hewrich Füssli, le Sabbat des sorcières de Cornelis Safteven ou bien encore Saint-George tuant le dragon de Bernat Martorell… De manière contemporaine, le rapprochement entre l'univers sombre et le bestiaire monstrueux de ce roman graphique avec l'oeuvre de l'illustrateur américain Maurice Sendak, Max et les Maximonstres, semble presque évident. Celui-ci déroule aux yeux d’un public plus jeune la trame similaire d’un petit garçon qui se sent différent, incompris, et qui trouve refuge chez des monstres auxquels il s’assimile. Pour conclure, en un sens, Karen Reyes, c’est Emil Ferris, et les influences que l’on retrouvera chez l’une, clairement retranscrites dans la bande-dessinée, sont les passions et les sources d’inspiration que l’on retrouvera chez l’auteure, qui fait de son personnage le vecteur de ses passions.

Vers un tome 2...

Couverture de My favorite thing is monsters - Volume 2, Emil Ferris, Fantagraphics Books, 2019, 304 p.

Et accrochez-vous ! Si l’histoire de Karen vous a déjà emportés avec ce tome 1, le tome 2 est déjà disponible en anglais depuis septembre, et ne devrait pas tarder à débarquer en France ! Tandis que le tome un pose les bases de l’histoire de Karen, de sa famille et d’Anka, l’auteure a d’ores et déjà révélé que le tome deux « sera sur le parallèle entre ce qui arrive à Karen dans sa vie, et notamment les questions qu’elle se pose sur son identité sexuelle, et la difficulté qu’éprouve Anka à faire un choix en ce qui concerne le meilleur moyen de garder en vie les six enfants qu’elle a sauvé [du camp de concentration]. En gros, le livre deux, c’est comment survivre aux choses les plus difficiles dans un monde brisé, et comment l’art et l’amour peuvent nous sauver. »5  A suivre !

5 Paul Tumey, Le livre monstre d’Emil Ferris, la beauté du diable, Les cahiers de la bande-dessinée, octobre-décembre 2018, n°5, pp. 96-97

 

Et pour pénétrer plus avant dans l'univers de l'auteur, partez "A la découverte d'Emil Ferris" dans cette série de trois vidéos portrait :

 

 

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