KT Gorique : une rappeuse à découvrir d'urgence

KT Gorique : une rappeuse à découvrir d'urgence

 

Portrait d'artiste 

Le 5 novembre 2021, la rappeuse KT Gorique est passée sur la scène de La CLEF (St Germain en Laye) lors d'un concert endiablé. Une occasion de découvrir le parcours de cette artiste hors du commun, et de se plonger dans un univers musical envoûtant. 

 

 

KT Gorique est une musicienne à la plume acérée, s'inscrivant dans un style musical aux sonorités rap et reggae. Elle le décrit comme "futur-roots" : une création musicale tant moderne que traditionnelle, tant nouvelle que familière. Autrice de tous ses textes, co-créatrice de ses instrus et de l'atmosphère sonore de ses projets, elle pose sa marque de fabrique sur l'ensemble du processus de création. En réalité, elle n'a jamais cessé de créer : elle faisait vibrer son centre de loisirs avec ses premières rimes, et pratique depuis petite plusieurs styles de danse hip-hop.

Son parcours artistique est un véritable palmarès, et depuis ses vingt et un ans, elle ne cesse d'impressionner la scène musicale internationale. C'est à cet âge qu'elle participe au tournoi suisse End of the Weak, qu'elle remporte haut la main. Il s'agit de la Ligue internationale d’improvisation et de freestyle rap, soit un tournoi dans lequel les MC s'affrontent sur des épreuves techniques où sont évalués l'identité artistique, le débit ou encore la qualité d'écriture des compétiteurs. L'objectif ? L'émergence de talents brut, et la participation au tournoi End of the Weak mondial, où s'affrontent les meilleurs MC de la planète. Après son sacre au tournoi suisse, la rappeuse est propulsée sur la scène mondiale et remporte en 2012 le titre de championne du monde de freestyle. KT Gorique est la première femme, la première suisse, et la plus jeune personne à avoir jamais remporté ce titre. En 2016, elle sort son premier album, et enchaine ensuite les sorties d'EP et mixtapes. En 2019, elle réalise la première partie de Nicki Minaj à Zurich, au Hallenstadion. Le confinement de mars 2020, causant l'arrêt des tournées pendant plus d'un an, ne l'arrête pas dans sa créativité, puisqu'elle sortira sur SoundCloud un ensemble de sons écrits de sa plume et co-composés par ses auditeurs. Surtout, elle réalise à ce moment le plus grand cypher féminin au monde (“biggest female allstars cypher”) : une session freestyle de sept minutes qui rassemble dix-neuf rappeuses de neuf pays, dont l'incroyable rappeuse guatémaltèque, Rebeca Lane.

Mais plus que des récompenses, KT Gorique c'est un projet musical original, créatif, rempli d'introspections et d'indignations. En partant de ses racines hip-hop et reggae, elle nous réchauffe de ses textes, nous interpelle, et toujours avec le sourire. 

"Je n’fais pas de rap conscient j’suis consciente de rapper
De m’élever, dans les airs on n’peut déraper" (Outta Road)

 

Voyage musical 

Embarquons alors dans une épopée sonore, entre la Suisse et la Côte d'Ivoire, qui nous parle de racines, d'introspection, de révoltes parfois, et d'une véritable ode à la vie. Pour cela, rien de mieux que de se plonger dans deux des projets de l'artiste : le premier est son dernier album, Akwaba, sorti en 2020. 

Akwaba, c'est KT Gorique qui nous invite à entrer dans son monde : le mot signifie bienvenue en baoulé, un dialecte de Côte d'Ivoire. La rappeuse y a vécu jusqu'à ses onze ans, avant de déménager en Suisse. Profondément marquée par son pays d'origine, l'artiste y retourne pour un voyage introspectif en 2018, dont elle ressort avec ce dernier album. Musicalement, il mêle des influences reggea et ragga, des percussions africaines et des textes de rap. C'est également un album de rencontres artistiques, sur lequel ont travaillé des beatmakers français, ivoiriens, belges et sud-africains, et qui donne une voix à des artistes reggae français comme Volodia (Nuh Body) et Taïro (Pensée). ​Sur Akwaba, on sent l'écriture des textes comme un exutoire, dans lesquels KT Gorique se réapproprie son identité. Rien ne vient perturber le débit de celle que l'on appelle parfois Punch Norris : déracinement, sexisme, xénophobie, colonialisme, viennent nous interpeller sur vingt-deux titres, pendant cinquante-huit minutes et dix-neuf secondes. Sans adopter une posture moralisatrice, KT Gorique maintient avec brio ses auditeurs dans un fragile équilibre de chaleur et d'agacement.

"Une pensée à ma famille sur le continent
Le flow reste épicé j'ai tous les condiments" (Pensée)

 

L'album se veut profondément, résolument, enraciné en Côte d'Ivoire. KT Gorique y invite ainsi l'humoriste française Shirley Souagnon, qui réalise les interludes : à cinq reprises, les deux femmes échangent de manière humoristique et touchante pendant les transitions musicales. Dans leurs conversations transparaissent les rapports entre l'Afrique et l'Occident et des questions identitaires sur le déracinement et le métissage. Des passages de chansons interprétés en baoulé viennent compléter cette ambiance musicale. 

"Pourtant, pour rien au monde
J’redeviendrais l’ancienne moi
J’préfère être moi-même
Que voir quelqu’un d’autre dans mon miroir" (Nuh Body)

 

Finalement, Akwaba parle de la vie, de persévérance et de reconnaissance.

 

 

Le second projet de l'artiste sur lequel on s'attardera est une petite pépite, dissimulée entre les deux albums très populaires que sont Akwaba et Tentative de survie.

Il s'agit de la mixtape Ora, sortie en 2017.

Dans ce projet, l'artiste aborde une forme artistique originale, celle du conte musical. KT Gorique nous invite dans une véritable narration en créant un univers sonore immersif dans lequel l'auditeur est emporté. Chaque son débute par une introduction narrée par la mystérieuse voix de la conteuse Rafike. Elle guide l'auditeur et l'artiste dans un voyage sonore en quête de soi. Les dix titres sont liés comme les chapitres d'un livre : quarante-deux minutes et quarante secondes pour se découvrir, se comprendre et s'accepter. Entre percussions africaines et sonorités spirituelles, la mixtape entraine dans une ambiance​ onirique.

 

“J’ai donc choisi d’utiliser les interludes comme des chapitres qui formeraient un grand conte, un voyage auditif. J’ai essayé de créer un face à face entre conscient et subconscient. La narration du conte représente le subconscient, la voix intérieure  et les choses que j’ai compris, tandis que les morceaux représentent la conscience, la voix extérieure et ce que j’ai décidé de faire avec ce que j’ai compris.”

- KT Gorique, propos recueillis par le média Madame Rap, 2017.

 

Et les concerts ?

KT Gorique est une véritable performeuse : sur scène, les textes prennent vie, s'animent et transcendent la foule. Avec ses longues tresses rassemblées en deux chignons et ses peintures corporelles, l'artiste s'anime et emmène les spectateurs dans un concert déjanté. Lors du concert à La CLEF, elle a fait preuve d'une énergie débordante, contaminante et les sauts et applaudissements du public ont fait trembler les murs de la salle. Sur scène, KT Gorique rappe, danse, rit, échange avec le public. Chaleureuse tant avec ses spectateurs qu'avec les organisateurs, elle fait également participer l'ensemble des musiciens présents sur scène. Le batteur, le DJ et le backeur ont tous trois disposé de moments d'expression et d'interaction sur scène, créant dans la salle un sentiment de collectif, de partage. Dans une gestuelle souple et hypnotique héritée de sa pratique de danses hip-hop, KT Gorique donne vie à ses textes, et illumine l'espace le temps d'un concert. 

Alors plus d'hésitations : KT Gorique sera de retour en France le 22 janvier pour un concert à Bobigny, au Canal 93 !

 

 
 

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