L’Atelier des lumières : quand l’art et le numérique ne font plus qu’un!

Regardez sur votre droite, sur votre gauche devant vous et aussi derrière vous, à vos pieds, mais n’oubliez pas, aussi de lever la tête. On ne sait plus où regarder tellement il y en a ! L’art est partout à l’Atelier des Lumières et nous transporte au sein de cette ancienne fonderie, jusqu’au 6 janvier 2019, dans le tourbillon artistique de la Sécession Viennoise. On découvre alors à travers une riche séléction d'œuvres, les trois figures principales de la Sécession viennoise du XIXe siècle: Klimt et Schiele à travers une programmation longue et Hundertwasser à travers une programmation plus courte. 
 

La Vienne artistique mise à l’honneur 

L’exposition nous invite à traverser en quelques pas et quarante minutes de projections, cent ans de la peinture viennoise. Comme une réelle histoire racontée visuellement, on entre d’abord dans la Vienne néoclassique qui dévoile les merveilles de Klimt dans l’architecture du Kunsthistorisches Museum. On se sent alors très vite tout petit face à l’immensité des façades d’immeubles aux motifs végétaux stylisés évoquant la Sécession viennoise, mouvement fondé par Klimt et qui aspire à régénrer l'art en profondeur. 
En quelques secondes, on est porté à travers les célèbres œuvres du Baiser, Danaé ou encore le Portrait d’Adèle Bloch Bauer en plein cœur de la période dorée de l’artiste. La quatrième séquence nous présente le lien fort de l’artiste à la nature, nous plongeant au cœur des prairies et forêts en fleurs. L’enchainement des projections nous dévoile aussi le travail d’Egon Schiele, influencé par l’art de son contemporain, il s’inscrit dans une nouvelle forme de représentation du paysage et du corps humain. Enfin, Hundertwasser est également mis à l’honneur à travers un programmation courte qui, à travers les projections de ses oeuvres, nous montrent un respect total de la nature et de l’homme par un abandon de la perspective pour favoriser une successions de plan, comme ses contemporains, Klimt et Schiele
 

Un dispositif hors du commun 

A l’heure où les gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) nous envahissent, la culture se met au goût du jour en nous proposant désormais de consommer l’art autrement. Une nouvelle manière de montrer, de voir et d’écouter, c’est le pari risqué mais réussi des nouvelles expositions immersives !

En 2012, les carrières de lumière des Baux de Provence nous ont fait vivre ou revivre les frissons de l’art de Gauguin et de Van Gogh à travers un dispositif mis en place par Culturespace. Les œuvres prennent vie sur la murs en pierre et nous montrent par un voyage visuel et sonore, l'opposition flagrante quant à l'utilisation colorée des deux artistes post-impresionnistes. C’était également le cas du collectif d’art numérique japonais TeamLable 9 septembre dernier à travers l’exposition « Au-delà des limites » au sein du Grand Halle de la Villette. Une exposition qui s’inscrit encore une fois à utiliser la technologie au profit de l’art pour créer une expérience interactive et ludique. Mais c'est désormais l’Atelier des lumières du XIe arrondissement parisien qui est en ce moment sur le devant de la scène. Un dispositif original imaginé par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto, Massimiliano Siccardi, Luca Longobardi et l’organisme culturel « culturespace », lesquels n'ont pas froid aux yeux : 3300m2 de surface de projection sur des murs de 10m de hauteur et 140 projeteurs faisant sortir les tableaux de leur cadre. 

Bien plus qu’une exposition, c’est une véritable balade visuelle et sonore qui nous fait vivre ou revivre le plaisir de l’art viennois : les figures de Klimt, Schiele et Hundertwasser prêtent à danser au rythme des musiques de Wagner, Beethoven, Strauss ou encore Chopin.

Une nouvelle manière de montrer qui bouscule les codes de l’art, et c’est tant mieux ! Car si certains publics peuvent être freinés par la barrière de l’établissement culturel, ils n’hésitent pourtant pas à passer la porte de l’Atelier des lumières qui a su nous parler à tous ! Les enfants semblent par exemple bien plus réceptifs à l’art, par ce type de dispositif. 

Dès son entrée, le spectateur est plongé dans cette ancienne et vaste fonderie, les formes s’enlacent et s’entrelacent sur les murs, le sol et le plafond, au rythme de la musique. Si certains déambulent à leur rythme, d’autres préfèrent profiter du spectacle assis. Si certains ne viennent qu’assister le temps de la projection, d’autres peuvent y passer l’après-midi. Un dispositif donc ingénieux qui ne pouvait pas mieux embarquer son spectateur dans ce voyage artistique. Car si les projections envahissent les murs et plafonds, elles projettent aussi les œuvres sur les spectateurs eux-mêmes, qui deviennent alors aussi acteurs du spectacle. La perception des projections change radicalement selon l’effectif, la déambulation et les sons des spectateurs. Le numérique donc, comme une nouvelle manière d’exposer mais également une nouvelle alternative permettant de montrer des œuvres difficiles à rassembler. 

Un nouveau dispositif qui a donc largement fait ses preuves mais qui, pour autant, est au cœur de nombreux débats : Le numérique nous permet t-il de profiter de la beauté des œuvres ? Peut-on réellement parler à travers ces expositions immersives, d’expositions artistiques ? Ne serait-il pas plus adéquat de dire qu’il s’agit de « divertissement culturel » ? En bref, vient-on pour contempler l’art viennois ou vient-on pour assister à un spectacle géant ? Si les projections XXL nous permettent de contempler l’œuvre comme on ne l’a jamais vue, profite-t-on finalement de tous les détails ? De plus la musique diffusée au rythme des projections n’oriente t-elle pas notre regard sur les œuvres ? Les regarderaient-on de la même manière si elle n’était pas là ? 

  

En bref, si l’exposition ne fait pas forcément l’unanimité, venez-vous faire votre propre idée jusqu’au 6 janvier 2019!

Victime de son succès, l'exosition a été contrainte pour toutes visites en week-end, d'imposer des pré réservation via internet. 

Pour tout réservation, c’est ici que ça se passe : https://atelier-lumieres.tickeasy.com/fr-FR/accueil

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