Pénélope Bagieu et ses Culottées

Pénélope Bagieu se définit comme une lectrice et autrice de romans graphiques, mais déclare qu’elle ne serait pas surprise si on lui disait: “Tu fais des BD". Pour elle c’est quand même un art populaire, la bande dessinée, qui est fait pour tout le monde. C'est la façon la plus simple de raconter une histoire. Son travail consiste aussi à discuter de la place faite aux femmes dans la bande dessinée : celles qui dessinent, celles qui sont dessinées. Pénélope Bagieu défend la nécessité de personnages féminins riches et complexes. Elle va au-delà des stéréotypes de femme-objet, de faire-valoir, de princesse qui attend d’être sauvée, et affirme la nécessité de “donner naissance à de nouveaux modèles”. Lorsqu’on l’interroge sur l’aspect très féministe et engagé de son oeuvre, elle parle de "sacerdoce". Dans ses Culottées, Pénélope Bagieu dresse notamment le portrait de Leymah Gbowee, la militante libérienne pour la paix et prix Nobel de la paix en 2011, dont elle partage la philosophie: “il est temps que les femmes arrêtent d'être poliment fâchées”. Pour Pénélope Bagieu, le militantisme passe avant tout par la création, même si elle rend aussi hommage aux activistes. Elle a déclaré à France culture en septembre 2019 que “le combat des Culottées n’est absolument pas terminé".
 

 



Pénélope Bagieu

Pénélope Bagieu, dessinatrice de bande dessinée parisienne, s’est d’abord fait connaître grâce à son blog BD Ma vie est tout à fait fascinante, sur lequel elle raconte des moments de son quotidien, des brèves de vie, des carnets de voyage et des histoires intimes depuis plus de dix ans. Victime de son succès, elle publie ses brèves au format papier chez Jean-Claude Gawsewitch. Peu après, et dans le même esprit, elle publie la série Joséphine, fille de l'an 2000, une série d’albums qui racontent, avec bonne humeur et second degré, les tracas quotidiens de la vie d’une trentenaire. Cette série a ensuite été adaptée au cinéma par Marilou Berry en 2013 et 2016, avec Joséphine puis Joséphine s'arrondit. Depuis avril 2009, elle anime une rubrique sur le site madmoiZelle.tv dans laquelle elle présente en vidéo ses coups de cœur BD. Elle a ensuite publié sa première nouvelle graphique chez Gallimard, Cadavre exquis (2010). Plus tard, elle publie sa première biographie romancée: California Dreamin', entièrement dessinée au crayon noir, qui retrace la vie d’Ellen Cohen, devenue Cass Elliot, l’une des deux vocalistes du groupe The Mamas and the Papas. En janvier 2020, elle publie une adaptation de Sacrées sorcières, de Roald Dahl, qui a pour elle un goût particulier puisque c’était son livre préféré étant enfant. Cette adaptation a fait l’objet d’une exposition dans la gare de Lyon, à Paris.


Sacrées sorcières de Roald Dahl,
adapté en BD par Pénélope Bagieu

 

Déjà bien établie dans le milieu de la bande dessinée, c'est avec ses Culottées que Pénélope Bagieu se fait réellement connaître. D'abord prépubliée sur LeMonde.fr, cette série de trente portraits de femmes culottées, souvent méconnues du public ou oubliées par l’Histoire, a ensuite été publiée en deux volumes, toujours chez Gallimard. Il s'agit de courtes biographies de femmes venant de pays, de milieux et d'époques différentes, mais qui ont toutes dit non aux normes qui leur ont été imposées. Le succès critique et publique de ces bandes-dessinées a été énorme. Traductions dans le monde entier, récompenses diverses, tournée de promotion interminable, adaptation en pièces de théâtre dans les écoles...  L'écho que cette série a produit ne cesse de se propager.  En 2019 elle a reçu la plus haute distinction mondiale de l’univers de la bande-dessinée, le Prix Eisner de la meilleure édition américaine d'une œuvre internationale. Adaptée en dessin-animé par France Télévisions depuis quelques mois, ces portraits de femmes continuent à atteindre et marquer toutes les générations. 

 


Tomes 1 et 2 des Culottées

A travers cette série, Pénélope Bagieu souhaite dépasser les sempiternels modèles féminins, pour mettre en lumière d’autres femmes admirables “qui font ce qu’elles veulent”. Son but est de faire voler en éclat les préjugés. Elle a notamment consacré quelques planches à la femme à barbe Clémentine Delait, l’“actrice terrifiante” Margaret Hamilton, l'exploratrice Delia Akeley, la chanteuse Joséphine Baker, l’écrivaine Tove Jansson, l’impératrice chinoise Wu Zetian ou encore la gardienne de phare Georgina Reid. En janvier 2018, dans l’émission “Rue des écoles”, elle témoignait: “On brandit toujours quelques exemples auxquels s’accrocher de femmes qui ont réussi à faire des choses, mais ce sont toujours un peu les mêmes… très bien, tant mieux. Mais c’est important de montrer des femmes qui ont réussi à s’accomplir dans des champs d’action parfois mineurs, mais selon leurs objectifs et en partant d’un point de départ qui n’était pas forcément le plus opportun”. Dans cette même emission, elle explique qu’elle espère que son oeuvre puisse constituer une avancée vers une éducation plus paritaire et juste: “Dans la mesure où je ne suis ni journaliste, ni historienne et que je raconte des histoires, dans la mesure où ce sont toutes des histoires très brèves, elles font 5 à 6 pages, l’idée c’est de les présenter et de créer un étonnement en faisant prendre conscience qu’on n’avait jamais entendu parler de ces femmes-là avant. L’idée c’est que derrière, les lectrices et lecteurs disent : “J’ai envie d’en savoir plus !” (...) Mais moi mon travail s’arrête sur le pas de la porte.” Elle ne manque pas une occasion de souligner le fait que pour les femmes, il est toujours plus difficile, voire deux fois plus difficile, de tirer leur épingle du jeu et d'assumer un destin hors du commun, que pour leurs homologues masculins. Malgré le fait que la société évolue et que l'éducation vient rebattre les cartes pour les femmes, Pénélope Bagieu rappelait dans une interview à France Culture en septembre 2019 à quel point ces luttes pour un monde plus égalitaire n'étaient jamais acquises. Elles sont fragilisées par le moindre contexte politique mouvant. 


Visuel de la série télévisée
des Culottées,
diffusée sur France 5

 

Elle rappelle que même si le message que l’on transmet est sur un ton humoristique, il ne faut jamais oublier que c'est la colère contre ces inégalités qui nous motive: “On est là pour s'énerver, il ne faut pas chercher à policer le discours”. Elle s’est ensuite exprimée pour expliquer à quel point son travail lui a ouvert les yeux sur ce sujet: “Raconter une lutte dans son ensemble, ça permet aussi de voir à quel point elles sont toujours changeantes, notamment pour ce qui est de la contraception ou de l’avortement. C’est intéressant de voir le cheminement de ce type de lois qui non seulement ne sont pas tombées du ciel, mais sont toujours changeantes, on le voit bien. [...] Tous les combats des femmes que j’ai choisi de représenter dans les Culottées, c’est parce que je trouvais qu’ils avaient tous un écho actuel.”