Tamara de Lempicka, une figure majeure de l'Art déco et des Années folles.


Portrait de La Duchesse de la Salle, Tamara de Lempicka, 1925.

 

  • Une figure majeure de l'Art déco et des Années folles.

Née en Pologne en 1898, elle a grandi en Russie dans un milieu aisé et cosmopolite. Elle étudie la peinture aux Beaux arts de Saint Petersbourg. En 1916, elle épouse Tadeusz Lempicki, un jeune avocat polonais. Dans les années 20 elle fuit la révolution bolchevique et s'installe à Paris avec son mari et sa fille. Tamara commence alors avec beaucoup de persévérance une carrière de peintre. En 1920, elle intègre l'Académie de Ranson et l'Académie de la grande Chaumière, Maurice Denis et André Lhote sont ses professeurs. Elle va alors forger son propre style en mélangeant dans ses œuvres la Renaissance Italienne et le néo-cubisme. Un style qui va tout à fait correspondre aux modes de l'époque, elle deviendra l'une des figures majeures de l'Art déco et une des personnalités les plus emblématiques des Années folles.

  • Art déco : un mélange de beauté classique et de modernité.

Ce portrait de La duchesse de La Salle fait parti d'une série de portraits de femmes dans lesquels la géométrie et la composition architecturale interviennent. On retrouve aussi dans le visage de cette duchesse, une dimension classique de la peinture, des références à la Renaissance Italienne dans ce charme froid du visage et du regard, les traits fins et le teint pâle, porcelaine. Par ailleurs, on voit aussi des formes géométriques post-cubistes dans cette composition structurée par un drapé aux plis adoptant des formes presque architecturales. Et, en contrebas, une vue urbaine, des immeubles aux fenêtres éclairées, des cubes gris et jaunes qu'on pourrait imaginer dans un tableau de Braque ou Picasso. Par ce mélange de référence classique et moderne, son œuvre s'intègre parfaitement au mouvement Art déco en vogue à cette période.

  • Une femme influente.

Dans ce tableau, cette duchesse adopte une posture très masculine qui relève d'une attitude pleine d'assurance. Habillée en pantalon avec une veste de costard et des bottes de cavalier rappelant la figure de l'amazone, nous sommes face à un portrait livrant l'image d'une femme forte et indépendante, une femme moderne. Cette œuvre apparaît à la même période où Paris voit émerger un nouveau style vestimentaire : la garçonne, Tamara De Lempicka l'aurait alors impulsé. Au delà de son influence dans le monde de l'art, elle influence aussi le monde de la mode.

De nombreux autres tableaux peints par Tamara de Lempicka seront construits ainsi, à savoir, en arrière plan, une vue urbaine comme symbole de la mondanité, d'un mode de vie citadin avec des formes géométriques qui rappellent le cubisme. Et, en premier plan, un ou des corps sexualisés où la femme est représentée comme une figure sensuelle et puissante. C'est le cas dans son tableau Ydille (ci-dessous) peint en 1931. Dans ce tableau, le regard de la femme domine celui de l'homme, on peut aussi noter que c'est la femme qui entoure avec son bras le cou de l'homme, c'est elle qui tient la posture dominante. Impression confirmée par ce visage masculin qui semble totalement dans l'emprise du regard de cette femme. 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Une avant-gardiste et un esprit libre.

Ce portrait est à l'image du mouvement pictural dans lequel cette artiste s'inscrit, l'art déco mais aussi et surtout à l'image de sa conception du féminin, une conception ultra-moderne qui place la femme dans une posture indépendante et forte. Ses séries de portraits dont La duchesse de La Salle peint en 1925, correspondent à une période particulière en Europe : les Années folles, où l'objectif est d'oublier les malheurs de la guerre 14-18. Tamara De Lempicka vivant à Paris adopte totalement cette philosophie de vie et certains trouveront même sa manière d'agir trop radicale. En effet, cette artiste va bousculer les codes. C'est une femme émancipée, indépendante, à la bisexualité déclarée et assumée. Elle se mariera à deux reprises, bien qu'elle soit davantage attirée par les femmes, elle ne s'en cachera jamais. Le jour elle est une peintre reconnue, passionnée et travailleuse, la nuit, elle fréquente les lieux nocturnes parisiens et laisse libre cours à ses attirances qu'elles soient masculines ou féminines. Fascinante autant que dérangeante pour l'époque, Tamara de Lempicka ose vivre pleinement sa vie comme elle l'entend sous les regards parfois méfiants de certains.

Un des tableaux important de Tamara de Lempicka dans sa volonté de représenter la femme comme un être  puissant, indépendant et émancipé est son tableau Autoportrait dans la buggati verte (ci-dessous). Sa coiffure et son casque renvoient au style de la "garçonne" des Années folles qu'elle revendique. Son regard franc montre une sérénité établi, sa posture impassible au volant de cette voiture de course nous renvoie à une femme dans la maîtrise. Maîtrise d'un objet qui, à cette époque était réservé à la gente masculine. Une façon d'affirmer qu'une femme est autant capable qu'un homme et peut ainsi être indépendante.

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Et si elle avait vécu en 2020...

Même aujourd'hui, certains de ses actes auraient sans doute été mal perçus, d'autant plus en Pologne, son pays de naissance. Un pays d'Europe qui se radicalise où la politique se durcit, où la femme se voit rétirer des droits comme l'avortement devenu presque illégal... Aujoud'hui, Tamara De Lempicka aurait-elle dû fuir comme il y a 100 ans ? Quelle aurait été sa réponse face à cette vague réactionnaire ? Des questionnements qui ne révèlent pas d'une grande évolution des pensées dans certains pays d'Europe ...  

Mais, une certaine jouissance à imaginer les tableaux qu'elle aurait peint !

 

 

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